réouvrir l’enquête

AFFAIRE BOULIN : LE PROCUREUR DOIT ROUVRIR L’ENQUETE SUR LA MORT SUSPECTE (après les révélations de France Inter et Canal Plus, le 26 octobre 2009)

 

 

 

Le Procureur de la République de Paris doit rouvrir l’enquête sur la mort de Robert Boulin (en date du 30 octobre 1979), parce que :

 

- des éléments troubles apparaissaient avant le non lieu du 13 déc 1992 (A),

- des faits nouveaux sont intervenus depuis le non-lieu délivré en appel le 13 déc 1992 (B),

 

 

- des témoignages nouveaux (reproduits ci-dessous) ont été révélés par FRANCE INTER et Canal +, le 26 octobre 2009 (C) :

 

* soit liés aux jours ayant précédé la découverte du corps (C 1)

 

* soit liés à la mort de Robert Boulin ou évoquant la période postérieure au décès du 30 octobre 1979 (C 2)

 

 

 - des éléments politiques troublants de l’affaire Boulin existent :

 

* antérieurs aux révélations (reproduites ci-dessous) sur France Inter et Canal + du 26 octobre 2009 (D 1)

 

* postérieurs aux révélations (reproduites ci-dessous) sur France Inter et Canal + du 26 octobre 2009 (D 2)

 

 

- les témoignages, nouveaux (en date du 26 octobre 2009), crédibles, graves, probants et concordants, doivent conduire :

 

* à une réouverture du dossier, et,

 

* au rejet de la thèse du suicide (privilégiée jusque-là) (E).  

 

                                                             * *

                                                              *


A) Les éléments troubles ont trait à la cause de la mort :

1) – en janvier 1984 : la seconde autopsie révèle deux fractures non relevées en 1979, résultant d’un « choc direct » ou d’une « chute sur une substance dure et contondante » et aucune analyse médicale des poumons, qui aurait dû établir la noyade (cause avancée par l’instruction), n’est trouvée dans le dossier de 1979 ;

2) – en novembre 1987 : lorsque le juge Corneloup demande l’autopsie des poumons, on constate que les organes sont introuvables ;

- A t-on voulu supprimer les preuves pouvant remettre en cause la thèse officielle du suicide par noyade après absorption de somnifère ?

- Pourquoi le visage de la victime était-il tuméfié, si la mort est due à une noyade ?

B) En ce qui concerne les éléments nouveaux intervenus après la clôture du dossier en 1992 :

1) – d’une part, ils se trouvent dans un livre d’enquête de Benoît Collombat ds lequel le journaliste met en cause, notamment, le Service d’action civique (SAC) dissous en 1982 ;

2) – d’autre part, dans le témoignage en 2005 de Raymond Barre qui a déclaré avoir appris la mort de l’ancien Ministre plusieurs heures avant que le corps ne soit découvert par la Police.

 

 

C) En ce qui concerne les témoignages (reproduits ci-dessous) révélés le 26 octobre 2009 par FRANCE INTER et Canal + :

 

 

C 1) certains témoignages révélés le 26 octobre 2009 (par France Inter et Canal +), sont liés aux jours précédant le décès du 30 octobre 1979 :

 

 

1) Début octobre 1979 (soit 3 semaines avant la mort de Robert Boulin), Michel Mathieu qui travaille pour une grande entreprise du bâtiment rencontre Jean de Lipkowski, ministre de la Coopération en 1976, délégué national du RPR aux relations internationales, à son domicile parisien, rue du bac, pour évoquer avec lui « un grand contrat mêlant des intérêts africains et moyen-orientaux. »

 

Et Jean de Lipkowski propose alors de « boire une coupe de champagne… »

Michel Mathieu, proche de la famille Boulin, répètera les propos de Lipkowski au gendre du ministre, Eric Burgeat, qui les rapportera à son tour à Robert Boulin. Ce dernier ne fera aucun commentaire… Michel Mathieu ne conclura finalement pas son contrat avec Jean de Lipkowski.

Une lettre de Michel Mathieu rapportant cette scène a été versée au dossier Boulin.

Michel Mathieu se dit prêt, le 26 octobre 2009, à témoigner également sur procès-verbal ;

 

2) Quelques jours avant la mort du ministre (le 30 octobre 1979), Jacques Douté, restaurateur libournais, membre de la Grande loge de France et ami de Boulin, explique avoir eu une conversation téléphonique avec Boulin, dans laquelle ce dernier affirme vouloir se défendre face aux attaques dont il est l’objet et que « tout sera réglé » d’ici la mi-novembre. Selon Jacques Douté, Boulin aurait alors clairement mis en cause le RPR qui aurait « demandé au SAC » de l’ « éliminer ».

Entendu sur procès verbal le 2 septembre 2003, Jacques Douté n’avait pas fait référence, à l’époque, à cette petite phrase de Boulin : « J’avais peur », explique Jacques Douté ;

3) En janvier 1984, le fils de Robert Boulin, Bertrand Boulin (mort en mai 2002, à 53 ans, d’une crise cardiaque) déclarait à la presse avoir vu son père, avant sa mort, sortir certains dossiers de son coffre, concernant, Elf aquitaine, Dassault, la Sécurité sociale et l’Arabie Saoudite ;

 

4) Un ancien policier, Pierre Allia, aujourd’hui conseiller national UMP dans la 3ème circonscription de Vendée et élevé par un père dominicain, le père Jean Courtois, proche des milieux gaullistes et judiciaires se dit, le 26 octobre 2009, prêt à témoigner devant la justice.

 

Il affirme que son oncle, Fouad Allia, « indic » infiltré dans le « milieu » pour le compte de la police, aurait assisté à l’assassinat de Robert Boulin. Un an plus tard, en novembre 1980, Fouad Allia dit « Michel le libanais » meurt dans une fusillade, dans un restaurant parisien, avenue Trudaine à Paris, avec l’un de ses deux adjoints, « Une exécution » , estime Pierre Allia, qui explique que son oncle « craignait pour sa vie », notamment à cause de ce qu’il savait du dossier Boulin.

A l’époque, « Il y avait une perméabilité entre la politique et la voyoucratie ».

 

5) Lucien Aimé Blanc, ancien commissaire adjoint à la Brigade Mondaine, puis à la BRI (Brigade de répression et d’intervention), l’antigang, de 1966 à 1972, avant de devenir le patron de l’OCRB (Office central de répression du banditisme) qui a participé notamment à la traque de Mesrine et au démantèlement de la « French connection », fait part de ses doutes sur la mort de Fouad Alia.

Pour Lucien Aimé-Blanc, la mort de « Michel le libanais » a « certainement été instrumentalisé soit par un service de police, soit par un service de barbouze. Il gênait beaucoup de monde. » « Cela ne m’étonnerait pas qu’il soit intervenu dans l’affaire Boulin », conclut l’ancien policier.

Lucien Aimé-Blanc se dit prêt à témoigner devant la justice, le 26 octobre 2009.

 

6) Gaston Flosse, alors député RPR de Polynésie, déjà très proche de Jacques Chirac, est la dernière personnalité politique à avoir rencontré Robert Boulin, le 29 octobre 1979, avant que ce dernier ne quitte son ministère du Travail, pour son domicile (avec une pile de dossiers qui disparaîtront par la suite), avant de partir, seul, au volant de sa voiture.

7) Le lundi 29 octobre 1979, Robert Boulin sort du coffre de son bureau ministériel une pile de dossiers, les dépose à son domicile et de là repart sans escorte à un mystérieux rendez-vous dont il ne sort pas vivant. Jamais la justice ne trouvera –ni ne cherchera – ces dossiers, mentionne Bakchich Info (en 2009).

Robert Boulin a annoncé publiquement son intention de contre-attaquer en s’apprêtant à dévoiler les véritables turpitudes de ses détracteurs, que ses multiples fonctions ministérielles avaient portées à sa connaissance.

8) Le lundi 29 octobre 1979, une riveraine de la forêt de Rambouillet, dont le témoignage n’a jamais été révélé, a beau être presque centenaire (le 26 octobre 2009), elle ne veut toujours pas apparaître en pleine lumière dans l’affaire Boulin, et donner son identité… même 30 ans après les faits.

Pourtant, le souvenir qu’elle a gardé du lundi 29 octobre 1979, en fin d’après-midi, « vers 17 h 30-18 h » à de quoi intriguer.

Cette habitante à l’époque de la commune de Méré, sur la route de Saint-Leger en Yvelines, en haut de la côte de Montfort-L’Amaury (où Robert Boulin a été vu pour la dernière fois par un témoin, ce même 29 octobre en fin d’après-midi), se souvient parfaitement avoir vu une voiture débouler à toute allure dans son chemin habituellement désert. Le conducteur, dont elle n’a alors pas vu le visage, a demandé son chemin à ses voisins, avant de faire demi-tour dans la précipitation. « On s’est dit, c’est pas possible, ce type est poursuivi ! » , raconte cette retraitée, qui n’a fait le lien avec l’affaire Boulin que le lendemain matin, au moment de la découverte du corps de l’ancien ministre dans l’étang Rompu… située à moins de 5 kilomètres de son domicile.

 

C 2) certains témoignages (reproduits ci-dessous) révélés le 26 octobre 2009 (par France Inter et Canal +) sont liés à la mort de Robert Boulin ou évoquent la période postérieure au décès du 30 octobre 1979 :

 

1) Un ancien policier présent sur les lieux réfute quant à lui la thèse selon laquelle ces blessures auraient été infligées en sortant le corps de l’eau.

 

2) Aujourd’hui, 26 octobre 2009, notamment à la lumière des photos du corps prises à l’époque, Jean-Pierre Courtel (qui a quitté la police en 1997) tient à mettre les choses au point : contrairement à ce que pouvait laisser entendre son témoignage à l’époque, ce qui apparaît sur le visage de Boulin « ce ne sont pas des excoriations, ce sont des blessures »,

 

3) « En aucun cas la sortie du corps ne peut avoir provoqué les blessures sur le visage de Robert Boulin » , explique Jean-Pierre Courtel.

Et il ajoute, dans un accès de franchise : « Je n’ai peut-être pas vu ce qu’il fallait voir (à l’époque)… »

 

4) Jean-Pierre Courtel explique de quelle façon le corps de Robert Boulin a été sorti de l’eau. Il n’y avait « pas d’obstacles, surtout pas de rocher ». Même si, dans son souvenir, lors de la manipulation du corps par les pompiers, la tête a pu à un moment « toucher la berge », cela n’explique en rien l’état du visage du ministre.

« Parler d’excoriations relève de l’escroquerie », estime Jean-Pierre Courtel. A l’époque, il dit avoir vu « un visage blanc, livide », mais le corps venait de passer plusieurs heures dans une eau à dix degrés. « D’où j’étais, à quelques mètres, je n’ai pas vu les blessures qui apparaissent sur le visage. »

 

5) Jean-Pierre Courtel raconte d’abord dans quelles conditions il est prévenu de la disparition de Robert Boulin, et comment il se rend sur place avec son chef de groupe, tandis que les gendarmes ont déjà investi les lieux.

 

6)  Présent, à l’Institut médico-légal de Paris, lors de l’autopsie de Robert Boulin, Jean-Pierre Courtel se souvient de l’ambiance hors-norme dans laquelle s’est déroulée l’autopsie de Robert Boulin.

 

7) Dans le dossier Boulin, de nombreux fonctionnaires de police du SRPJ de Versailles affirment sur procès-verbal avoir été le témoin de la sortie de l’eau du corps du ministre, la plupart du temps pour accréditer la thèse de chocs au visage au moment de la sortie de l’eau. Ce que conteste Jean-Pierre Courtel : il n’a gardé aucun souvenir de la présence de ses collègues (hormis son chef de groupe) à ce moment là.

 

8) La noyade ne sera jamais prouvée scientifiquement, par un examen anatomo-pathologique. Tous les prélèvements d’organes de Robert Boulin seront par la suite détruits de façon illégale.

 

9) Interrogé le 18 mai 2005 par la Direction centrale de la Police judiciaire de la Division nationale pour la répression des atteintes aux personnes et aux biens, Jean-Pierre Courtel, le fonctionnaire de police qui avait parlé à l’époque de « roche » dans l’étang Rompu qui aurait heurté la tête du ministre, parle cette fois d’« un corps tombé » face contre terre dans une eau peu profonde sur quelque chose (qu’il avait) identifié à l’époque comme étant un caillou. »

 

10) « A l’époque, le suicide me semblait plausible » , explique aujourd’hui Jean-Pierre Courtel, qui se présente comme « gaulliste ». Trente ans plus tard, « je ne peux plus y croire » , affirme l’ancien policier du SRPJ de Versailles qui « espère que la justice passera » et « que les assassins soient châtiés » .

 

11) Un assistant légiste ayant participé à la seconde autopsie en 1983 évoque un « hématome derrière le crâne » et des marques de liens sur les poignets. « Pour moi, cette personne a été assommée » ; Bernard Rumégoux, qui a accepté, le 26 octobre 2009, de témoigner à visage découvert, a participé dans sa carrière à plus de 20 000 autopsies ; Pourtant, ni cet hématome derrière le crâne, ni la coupure au poignet ne figurent sur le deuxième rapport d’autopsie ; 

 

12) Des écoutes téléphoniques de novembre 1966 révèlent que le Procureur général Chalret en charge de l’affaire Boulin, qui s’est rendu sur place dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979 avant la découverte officielle du corps, était intimement lié aux réseaux Foccart et faisait libérer des truands. Ce que confirme l’ancien patron de l’OCRB (Office central de répression du banditisme) Lucien Aimé-Blanc ;

Lucien Aimé-Blanc se dit prêt à témoigner devant la justice, le 26 octobre 2009.

Pour Lucien Aimé-Blanc, Chalret était « l’homme idoine » pour « écraser » l’affaire Boulin et « donner une orientation différente à l’enquête de ce qu’elle aurait dû avoir. » : « Le Procureur Chalret était une barbouze judiciaire des réseaux Foccart. » 

 

13) Le colonel de gendarmerie Jean Pépin, aujourd’hui décédé, est l’un des premiers à se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Robert Boulin a été retrouvé, le 30 octobre 1979. Il effectue les premières constatations… avant d’être très rapidement dessaisi de l’enquête. 

 

Il confirme qu’il n’y avait aucun obstacle à la sortie de l’eau qui aurait pu expliquer les blessures de Robert Boulin. « Je pense qu’on avait mis le cadavre dans cet étang » , explique le gendarme, qui pense tout de suite qu’il ne s’agit pas d’un suicide, au vu des premières constatations et « des traces de pas allant puis repartant de l’étang. » « Je crois que vous avez intérêt à ne pas continuer cette enquête » , lui dit alors le Procureur général, Louis-Bruno Chalret.

 

14) En avril 2007, avait été révélé le rôle particulièrement suspect joué par le Procureur général près la Cour d’appel de Versailles (circonscription où le corps de Robert Boulin a été retrouvé), Louis-Bruno Chalret, proche du SAC, de Jacques Foccart et de Roger Frey, prévenu de la découverte du corps de Robert Boulin, entre une heure et deux heures du matin, soit bien avant l’heure officielle, 8 h 40.

 

L’amie intime de ce magistrat très spécial, Marie-Thérèse Guignier, une proche des milieux gaullistes, ancienne collaboratrice de Robert Boulin (Fonction publique, Santé), avait confirmé, lors de plusieurs entretiens que Chalret avait immédiatement prévenu les principaux services de l’Etat et l’Elysée grâce au REGIS (Réseau électronique gouvernemental inter-administratif spécial), l’interministériel de l’époque, avant de se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Boulin a été retrouvé, avec une équipe d’hommes de confiance, que Chalret avait alors qualifié de « gendarmes ».

 

15) Quelques jours plus tard, le Procureur général confie à son amie : « C’est un truc à emmerdes. On a tout fait minutieusement comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard. » « Chalret était l’homme qu’il fallait pour ce genre de choses » , expliqua Marie-Thérèse Guignier.

Marie-Thérèse Guignier, administratrice judiciaire, raconte le coup de téléphone de Chalret : « Je lui ai dis : « Fais gaffe, traites ça comme un crime. Chalret s’est rendu sur place dans les bois ».

 

Marie-Thérèse Guignier, aujourd’hui décédée, avait été entendue dans la procédure, le 19 octobre 1984. Elle n’avait alors pas révélé ce qu’elle savait de l’affaire Boulin. Quant à Louis-Bruno Chalret, il est mort le 14 juin 1993, dans un accident de voiture. Il se serait endormi au volant.

 

16) Un journaliste de l’Express, James Sarrazin, en 1987, a témoigné avoir reçu des menaces physiques par 2 individus suite à ses écrits relatifs aux aspects troubles de l’affaire Boulin, après le décès de l’ancien Ministre ;


17) Un document explosif, du 22 novembre 1966, jamais entièrement dévoilé jusqu’ici, 26 octobre 2009. Dix pages d’écoutes téléphoniques de la Préfecture de police de Paris faisant état de « liens étroits existant » entre l’avocat Pierre Lemarchand, député de l’Yonne dont le nom est cité dans l’affaire Ben Barka, le magistrat Louis-Bruno Chalret qu’on retrouve dans l’affaire Boulin, et « des membres de la pègre ». 

 

18) Un ancien fonctionnaire du SRPJ de Versailles -service de police chargé à l’époque de l’enquête sur la mort de Boulin- affirme aujourd’hui, 26 octobre 2009, ne « plus croire au suicide » et met en doute le témoignage de certains de ses collègues à l’époque.

 

 

 

D) Les éléments spécifiquement politiques troublants de l’affaire Boulin :

 

 

 

D 1) Eléments antérieurs au 26 octobre 2009 (date des révélations par France Inter et Canal + (reproduites ci-dessous) :

 

 

1) Robert Boulin, gaulliste réputé pour son intégrité et sa force de travail, faisait partie des successeurs potentiels à Raymond Barre pour Matignon. Député-maire de Libourne, Robert Boulin avait passé plus de 15 ans (un record) dans les ministères de la République, au service du général de Gaulle, de Georges Pompidou puis de Valéry Giscard d’Estaing.  

 

2) Robert Boulin s’opposait vigoureusement au président du RPR, Jacques Chirac, soutenu dans l’ombre par les hommes du SAC (Service d’action civique) et les réseaux de Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » du gaullisme.

 

3) Robert Boulin a en réalité été abusé par un escroc, proche de Jacques Foccart, Henri Tournet, décédé, selon France Inter, en janvier 2008, à Santiago du Chili où il s’était retiré.


4) On peut donc penser que la mise en cause dans la Presse, de Robert Boulin, dans l’affaire immobilière de Ramatuelle a été sortie pour donner une justification « au soi disant suicide » de l’ex-Ministre. 

 

5) Face au journaliste Ivan Levaï, Jacques Chaban-Delmas laisse entendre que « les assassins » se trouvent bien du côté de ceux qui ont tenté de déstabiliser politiquement Boulin… comprenez : certains membres du RPR. 

 

Même si Jacques Chaban Delmas n’a pas cité de nom, l’important est qu’il a employé le terme « d’assassins », ce qui élimine la thèse du suicide privilégiée par la justice.

 

 6) Cette déstabilisation politique est dénoncée par le journaliste politique Philippe Alexandre au micro de RTL le 3 novembre 1979. Dans une chronique Philippe Alexandre explique que dès la mi-septembre 1979 « des dirigeants du RPR se sont réunis et ont décidé de révéler à la presse » des éléments de l’affaire de Ramatuelle ;

 

7) Après la mort de Robert Boulin, le sénateur Pierre Marcilhacy, membre du Conseil constitutionnel, fut l’un des rares hommes politiques à remettre en cause publiquement la thèse du suicide de Robert Boulin, en janvier 1984 ;

 

8) En 2002, le gaulliste historique Olivier Guichard accorde un entretien dans lequel il explique qu’il n’a « jamais cru que Robert Boulin s’était suicidé », qualifiant la thèse officielle de « farfelue ».

 

9) En novembre 2007, le journaliste Jean Mauriac avait également confié au site Rue 89 que Michel Jobert et Olivier Guichard l’avaient « assuré de l’assassinat de Robert Boulin » ;

 

10) 30 ans après la mort du ministre, la CIA (Central Intelligence Agency) refuse toujours de « déclassifier » le dossier Boulin, pour des raisons notamment de « politique étrangère ».

 

11) Guillaume Bouchet, journaliste à  Rue89 indiquait dès le 11/05/2007 à propos de la thèse du « suicide » :

Au moins deux documents sont censés prouver la volonté de Robert Boulin de mettre fin à ses jours. Sur un bristol, posé sur le pare-brise, il est écrit : « Embrassez ma femme éperduement (sic), le seul grand amour de ma vie ». Problème, les deux écritures, au recto et au verso, divergent tellement qu’il est impossible de les attribuer sans erreur à Robert Boulin.

Tandis que dans les jours qui suivent, plusieurs lettres parviennent à leurs destinataires : des médias (l’AFP, le journal Sud-Ouest) et des proches du ministre (Jacques Chaban-Delmas, son suppléant Gérard César). En réalité, toutes ces lettres sont des photocopies, reprenant, en dehors des mentions de début et de fin faisant allusion au suicide, un projet de réponse publique aux accusations de l’affaire de Ramatuelle. Enfin, le format de ces « lettres » ne correspond pas au format des lettres postées à Monfort-l’Amaury vers 17h30, par Robert Boulin…

 

D 2) Eléments postérieurs aux révélations par France Inter et Canal + du 26 octobre 2009 :

 

 

1) Michel Mathieu, ancien acteur du BTP raconte pour la première fois publiquement (le 26 octobre 2009) comment, trois semaines avant la mort de Robert Boulin, un responsable du RPR (Jean de Lipkowski) lui tient cet étrange propos : « Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler ! »

 

2) Début octobre 1979, Jean de Lipkowski (mort en septembre 1997) est alors réputé pour « faciliter » l’obtention de certains gros contrats. Face à son interlocuteur, Michel Mathieu, il prend grand soin d’afficher son pouvoir d’influence et sa proximité avec de nombreux hommes politiques de premier plan, dont Jacques Chirac, comme l’explique, le 26 octobre 2009, cet ancien du BTP.

 

3) Pour l’ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel, Robert Boulin aurait été victime d’un « règlement de comptes politique ». « Je n’ai plus de doute, je pense qu’il a été assassiné », a expliqué M. Charbonnel. « La version du suicide ne colle pas et les coupables possibles […] ont agi à ce moment pour des raisons purement politiques et qui allaient plus loin que les simples affaires immobilières », affirme M. Charbonnel.


Peu de temps après la mort de Robert Boulin, Jean Charbonnel dit avoir évoqué avec Alexandre Sanguinetti, figure du parti gaulliste et membre influent du Service d’action civique (SAC), des assassinats commis sous la Ve République. M. Sanguinetti « m’avait dit : ‘Je crois que c’est un assassinat aussi.

 

Il m’avait cité deux noms de personnalités politiques toujours vivantes et une organisation qui pouvaient être impliquées dans cette affaire parce que Robert Boulin était une gêne, une menace, une inquiétude pour eux », rapporte M. Charbonnel.

 

4) Ces propos sont corroborés par la fille d’Alexandre Sanguinetti, Laetitia. « Dans les quinze jours qui ont suivi [la mort de Robert Boulin], il a très clairement dit : ‘C’est forcément un assassinat, ça ne peut être que ça’ », explique-t-elle sur France Inter, le 26 octobre 2009. Selon elle, Robert Boulin disposait d’informations sur un « réseau de fausses factures ». « A partir de là, je crois que Robert est devenu une cible », raconte Mme Sanguinetti, « prête » comme Jean Charbonnel à témoigner devant la justice.

 

Peu de temps après la mort de son père en 1980, Laetitia Sanguinetti raconte comment des « barbouzes du RPR » sont venus l’interroger pour savoir si elle détenait des « dossiers » , notamment sur d’éventuelles « preuves écrites de l’assassinat » de Robert Boulin. Suivront alors plusieurs cambriolages à son domicile…

 

5) En 2007, la fille de Robert Boulin, Fabienne, réclame une réouverture d’information judiciaire sur la base d’éléments nouveaux révélés par la presse (Canal + et France-Inter), puis dans un livre (« Un homme à abattre », Fayard) de Benoît Collombat . Requête refusée en octobre 2007 par Laurent Lemesle, le Procureur général de la Cour d’appel de Paris, ex-conseiller pour les affaires de justice de Jacques Chirac ;

 



E) Conclusion provisoire au 26 octobre 2009, jour des révélations par France Inter et Canal + : 

 

Après les déclarations faites, entre autres, par Michel Mathieu, le 26 octobre 2009, ancien acteur du BTP qui raconte pour la première fois publiquement, comment, trois semaines avant la mort de Robert Boulin, Jean de Lipkowski, Responsable du RPR (réputé pour « faciliter » l’obtention de certains gros contrats), lui tient cet étrange propos (§ D 2. 1) :

 

« Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler ! »,

 

des observateurs politiques ont pu se demander, si l’Affaire Boulin (homme politique intègre qui détenait plusieurs dossiers compromettants sur divers membres, essentiellement de sa famille gaulliste) ne pouvait pas être liée :

 

- d’une part, à ces dossiers compromettants, et,

 

- d’autre part, au financement de l’élection Présidentielle de mai 1981, avant les lois de moralisation de la vie politique (la mort de l’ancien Ministre ayant eu lieu le 30 octobre 1979) ?  


L’avocat de Fabienne Boulin, Me Olivier Morice estime que tous les éléments révélés le 26 octobre 2009 « sont de nature à faire rouvrir le dossier Boulin. » Il va effectuer une démarche en ce sens « dans les prochains jours » auprès du Procureur général près la Cour d’appel de Paris. « Il s’agit, non pas d’un suicide, mais d’un assassinat politique », estime l’avocat de Fabienne Boulin, le 26 octobre 2009.

 

Après les témoignages nouveaux, crédibles, probants et concordants apportés par France Inter et Canal + (reproduits ci-dessus), le 26 octobre 2009 :

- le Procureur de la République ne peut que rouvrir le dossier relatif à la mort plus que suspecte de Robert Boulin, le 30 octobre 1979 !

- la thèse du suicide ne peut plus être privilégiée.

 

 

Le Procureur de la République de Paris doit rouvrir l’enquête sur la mort de Robert Boulin (en date du 30 octobre 1979), parce que :

 

- des éléments troubles apparaissaient avant le non lieu du 13 déc 1992 (A),

- des faits nouveaux sont intervenus depuis le non-lieu délivré en appel le 13 déc 1992 (B),

 

 

- des témoignages nouveaux (reproduits ci-dessous) ont été révélés par FRANCE INTER et Canal +, le 26 octobre 2009 (C) :

 

* soit liés aux jours ayant précédé la découverte du corps (C 1)

 

* soit liés à la mort de Robert Boulin ou évoquant la période postérieure au décès du 30 octobre 1979 (C 2)

 

 

 - des éléments politiques troublants de l’affaire Boulin existent :

 

* antérieurs aux révélations (reproduites ci-dessous) sur France Inter et Canal + du 26 octobre 2009 (D 1)

 

* postérieurs aux révélations (reproduites ci-dessous) sur France Inter et Canal + du 26 octobre 2009 (D 2)

 

 

- les témoignages, nouveaux (en date du 26 octobre 2009), crédibles, graves, probants et concordants, doivent conduire :

 

* à une réouverture du dossier, et,

 

* au rejet de la thèse du suicide (privilégiée jusque-là) (E).  

 

                                                             * *

                                                              *


A) Les éléments troubles ont trait à la cause de la mort :

1) – en janvier 1984 : la seconde autopsie révèle deux fractures non relevées en 1979, résultant d’un « choc direct » ou d’une « chute sur une substance dure et contondante » et aucune analyse médicale des poumons, qui aurait dû établir la noyade (cause avancée par l’instruction), n’est trouvée dans le dossier de 1979 ;

2) – en novembre 1987 : lorsque le juge Corneloup demande l’autopsie des poumons, on constate que les organes sont introuvables ;

- A t-on voulu supprimer les preuves pouvant remettre en cause la thèse officielle du suicide par noyade après absorption de somnifère ?

- Pourquoi le visage de la victime était-il tuméfié, si la mort est due à une noyade ?

B) En ce qui concerne les éléments nouveaux intervenus après la clôture du dossier en 1992 :

1) – d’une part, ils se trouvent dans un livre d’enquête de Benoît Collombat ds lequel le journaliste met en cause, notamment, le Service d’action civique (SAC) dissous en 1982 ;

2) – d’autre part, dans le témoignage en 2005 de Raymond Barre qui a déclaré avoir appris la mort de l’ancien Ministre plusieurs heures avant que le corps ne soit découvert par la Police.

 

 

C) En ce qui concerne les témoignages (reproduits ci-dessous) révélés le 26 octobre 2009 par FRANCE INTER et Canal + :

 

 

C 1) certains témoignages révélés le 26 octobre 2009 (par France Inter et Canal +), sont liés aux jours précédant le décès du 30 octobre 1979 :

 

 

1) Début octobre 1979 (soit 3 semaines avant la mort de Robert Boulin), Michel Mathieu qui travaille pour une grande entreprise du bâtiment rencontre Jean de Lipkowski, ministre de la Coopération en 1976, délégué national du RPR aux relations internationales, à son domicile parisien, rue du bac, pour évoquer avec lui « un grand contrat mêlant des intérêts africains et moyen-orientaux. »

 

Et Jean de Lipkowski propose alors de « boire une coupe de champagne… »

Michel Mathieu, proche de la famille Boulin, répètera les propos de Lipkowski au gendre du ministre, Eric Burgeat, qui les rapportera à son tour à Robert Boulin. Ce dernier ne fera aucun commentaire… Michel Mathieu ne conclura finalement pas son contrat avec Jean de Lipkowski.

Une lettre de Michel Mathieu rapportant cette scène a été versée au dossier Boulin.

Michel Mathieu se dit prêt, le 26 octobre 2009, à témoigner également sur procès-verbal ;

 

2) Quelques jours avant la mort du ministre (le 30 octobre 1979), Jacques Douté, restaurateur libournais, membre de la Grande loge de France et ami de Boulin, explique avoir eu une conversation téléphonique avec Boulin, dans laquelle ce dernier affirme vouloir se défendre face aux attaques dont il est l’objet et que « tout sera réglé » d’ici la mi-novembre. Selon Jacques Douté, Boulin aurait alors clairement mis en cause le RPR qui aurait « demandé au SAC » de l’ « éliminer ».

Entendu sur procès verbal le 2 septembre 2003, Jacques Douté n’avait pas fait référence, à l’époque, à cette petite phrase de Boulin : « J’avais peur », explique Jacques Douté ;

3) En janvier 1984, le fils de Robert Boulin, Bertrand Boulin (mort en mai 2002, à 53 ans, d’une crise cardiaque) déclarait à la presse avoir vu son père, avant sa mort, sortir certains dossiers de son coffre, concernant, Elf aquitaine, Dassault, la Sécurité sociale et l’Arabie Saoudite ;

 

4) Un ancien policier, Pierre Allia, aujourd’hui conseiller national UMP dans la 3ème circonscription de Vendée et élevé par un père dominicain, le père Jean Courtois, proche des milieux gaullistes et judiciaires se dit, le 26 octobre 2009, prêt à témoigner devant la justice.

 

Il affirme que son oncle, Fouad Allia, « indic » infiltré dans le « milieu » pour le compte de la police, aurait assisté à l’assassinat de Robert Boulin. Un an plus tard, en novembre 1980, Fouad Allia dit « Michel le libanais » meurt dans une fusillade, dans un restaurant parisien, avenue Trudaine à Paris, avec l’un de ses deux adjoints, « Une exécution » , estime Pierre Allia, qui explique que son oncle « craignait pour sa vie », notamment à cause de ce qu’il savait du dossier Boulin.

A l’époque, « Il y avait une perméabilité entre la politique et la voyoucratie ».

 

5) Lucien Aimé Blanc, ancien commissaire adjoint à la Brigade Mondaine, puis à la BRI (Brigade de répression et d’intervention), l’antigang, de 1966 à 1972, avant de devenir le patron de l’OCRB (Office central de répression du banditisme) qui a participé notamment à la traque de Mesrine et au démantèlement de la « French connection », fait part de ses doutes sur la mort de Fouad Alia.

Pour Lucien Aimé-Blanc, la mort de « Michel le libanais » a « certainement été instrumentalisé soit par un service de police, soit par un service de barbouze. Il gênait beaucoup de monde. » « Cela ne m’étonnerait pas qu’il soit intervenu dans l’affaire Boulin », conclut l’ancien policier.

Lucien Aimé-Blanc se dit prêt à témoigner devant la justice, le 26 octobre 2009.

 

6) Gaston Flosse, alors député RPR de Polynésie, déjà très proche de Jacques Chirac, est la dernière personnalité politique à avoir rencontré Robert Boulin, le 29 octobre 1979, avant que ce dernier ne quitte son ministère du Travail, pour son domicile (avec une pile de dossiers qui disparaîtront par la suite), avant de partir, seul, au volant de sa voiture.

7) Le lundi 29 octobre 1979, Robert Boulin sort du coffre de son bureau ministériel une pile de dossiers, les dépose à son domicile et de là repart sans escorte à un mystérieux rendez-vous dont il ne sort pas vivant. Jamais la justice ne trouvera –ni ne cherchera – ces dossiers, mentionne Bakchich Info (en 2009).

Robert Boulin a annoncé publiquement son intention de contre-attaquer en s’apprêtant à dévoiler les véritables turpitudes de ses détracteurs, que ses multiples fonctions ministérielles avaient portées à sa connaissance.

8) Le lundi 29 octobre 1979, une riveraine de la forêt de Rambouillet, dont le témoignage n’a jamais été révélé, a beau être presque centenaire (le 26 octobre 2009), elle ne veut toujours pas apparaître en pleine lumière dans l’affaire Boulin, et donner son identité… même 30 ans après les faits.

Pourtant, le souvenir qu’elle a gardé du lundi 29 octobre 1979, en fin d’après-midi, « vers 17 h 30-18 h » à de quoi intriguer.

Cette habitante à l’époque de la commune de Méré, sur la route de Saint-Leger en Yvelines, en haut de la côte de Montfort-L’Amaury (où Robert Boulin a été vu pour la dernière fois par un témoin, ce même 29 octobre en fin d’après-midi), se souvient parfaitement avoir vu une voiture débouler à toute allure dans son chemin habituellement désert. Le conducteur, dont elle n’a alors pas vu le visage, a demandé son chemin à ses voisins, avant de faire demi-tour dans la précipitation. « On s’est dit, c’est pas possible, ce type est poursuivi ! » , raconte cette retraitée, qui n’a fait le lien avec l’affaire Boulin que le lendemain matin, au moment de la découverte du corps de l’ancien ministre dans l’étang Rompu… située à moins de 5 kilomètres de son domicile.

 

C 2) certains témoignages (reproduits ci-dessous) révélés le 26 octobre 2009 (par France Inter et Canal +) sont liés à la mort de Robert Boulin ou évoquent la période postérieure au décès du 30 octobre 1979 :

 

1) Un ancien policier présent sur les lieux réfute quant à lui la thèse selon laquelle ces blessures auraient été infligées en sortant le corps de l’eau.

 

2) Aujourd’hui, 26 octobre 2009, notamment à la lumière des photos du corps prises à l’époque, Jean-Pierre Courtel (qui a quitté la police en 1997) tient à mettre les choses au point : contrairement à ce que pouvait laisser entendre son témoignage à l’époque, ce qui apparaît sur le visage de Boulin « ce ne sont pas des excoriations, ce sont des blessures »,

 

3) « En aucun cas la sortie du corps ne peut avoir provoqué les blessures sur le visage de Robert Boulin » , explique Jean-Pierre Courtel.

Et il ajoute, dans un accès de franchise : « Je n’ai peut-être pas vu ce qu’il fallait voir (à l’époque)… »

 

4) Jean-Pierre Courtel explique de quelle façon le corps de Robert Boulin a été sorti de l’eau. Il n’y avait « pas d’obstacles, surtout pas de rocher ». Même si, dans son souvenir, lors de la manipulation du corps par les pompiers, la tête a pu à un moment « toucher la berge », cela n’explique en rien l’état du visage du ministre.

« Parler d’excoriations relève de l’escroquerie », estime Jean-Pierre Courtel. A l’époque, il dit avoir vu « un visage blanc, livide », mais le corps venait de passer plusieurs heures dans une eau à dix degrés. « D’où j’étais, à quelques mètres, je n’ai pas vu les blessures qui apparaissent sur le visage. »

 

5) Jean-Pierre Courtel raconte d’abord dans quelles conditions il est prévenu de la disparition de Robert Boulin, et comment il se rend sur place avec son chef de groupe, tandis que les gendarmes ont déjà investi les lieux.

 

6)  Présent, à l’Institut médico-légal de Paris, lors de l’autopsie de Robert Boulin, Jean-Pierre Courtel se souvient de l’ambiance hors-norme dans laquelle s’est déroulée l’autopsie de Robert Boulin.

 

7) Dans le dossier Boulin, de nombreux fonctionnaires de police du SRPJ de Versailles affirment sur procès-verbal avoir été le témoin de la sortie de l’eau du corps du ministre, la plupart du temps pour accréditer la thèse de chocs au visage au moment de la sortie de l’eau. Ce que conteste Jean-Pierre Courtel : il n’a gardé aucun souvenir de la présence de ses collègues (hormis son chef de groupe) à ce moment là.

 

8) La noyade ne sera jamais prouvée scientifiquement, par un examen anatomo-pathologique. Tous les prélèvements d’organes de Robert Boulin seront par la suite détruits de façon illégale.

 

9) Interrogé le 18 mai 2005 par la Direction centrale de la Police judiciaire de la Division nationale pour la répression des atteintes aux personnes et aux biens, Jean-Pierre Courtel, le fonctionnaire de police qui avait parlé à l’époque de « roche » dans l’étang Rompu qui aurait heurté la tête du ministre, parle cette fois d’« un corps tombé » face contre terre dans une eau peu profonde sur quelque chose (qu’il avait) identifié à l’époque comme étant un caillou. »

 

10) « A l’époque, le suicide me semblait plausible » , explique aujourd’hui Jean-Pierre Courtel, qui se présente comme « gaulliste ». Trente ans plus tard, « je ne peux plus y croire » , affirme l’ancien policier du SRPJ de Versailles qui « espère que la justice passera » et « que les assassins soient châtiés » .

 

11) Un assistant légiste ayant participé à la seconde autopsie en 1983 évoque un « hématome derrière le crâne » et des marques de liens sur les poignets. « Pour moi, cette personne a été assommée » ; Bernard Rumégoux, qui a accepté, le 26 octobre 2009, de témoigner à visage découvert, a participé dans sa carrière à plus de 20 000 autopsies ; Pourtant, ni cet hématome derrière le crâne, ni la coupure au poignet ne figurent sur le deuxième rapport d’autopsie ; 

 

12) Des écoutes téléphoniques de novembre 1966 révèlent que le Procureur général Chalret en charge de l’affaire Boulin, qui s’est rendu sur place dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979 avant la découverte officielle du corps, était intimement lié aux réseaux Foccart et faisait libérer des truands. Ce que confirme l’ancien patron de l’OCRB (Office central de répression du banditisme) Lucien Aimé-Blanc ;

Lucien Aimé-Blanc se dit prêt à témoigner devant la justice, le 26 octobre 2009.

Pour Lucien Aimé-Blanc, Chalret était « l’homme idoine » pour « écraser » l’affaire Boulin et « donner une orientation différente à l’enquête de ce qu’elle aurait dû avoir. » : « Le Procureur Chalret était une barbouze judiciaire des réseaux Foccart. » 

 

13) Le colonel de gendarmerie Jean Pépin, aujourd’hui décédé, est l’un des premiers à se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Robert Boulin a été retrouvé, le 30 octobre 1979. Il effectue les premières constatations… avant d’être très rapidement dessaisi de l’enquête. 

 

Il confirme qu’il n’y avait aucun obstacle à la sortie de l’eau qui aurait pu expliquer les blessures de Robert Boulin. « Je pense qu’on avait mis le cadavre dans cet étang » , explique le gendarme, qui pense tout de suite qu’il ne s’agit pas d’un suicide, au vu des premières constatations et « des traces de pas allant puis repartant de l’étang. » « Je crois que vous avez intérêt à ne pas continuer cette enquête » , lui dit alors le Procureur général, Louis-Bruno Chalret.

 

14) En avril 2007, avait été révélé le rôle particulièrement suspect joué par le Procureur général près la Cour d’appel de Versailles (circonscription où le corps de Robert Boulin a été retrouvé), Louis-Bruno Chalret, proche du SAC, de Jacques Foccart et de Roger Frey, prévenu de la découverte du corps de Robert Boulin, entre une heure et deux heures du matin, soit bien avant l’heure officielle, 8 h 40.

 

L’amie intime de ce magistrat très spécial, Marie-Thérèse Guignier, une proche des milieux gaullistes, ancienne collaboratrice de Robert Boulin (Fonction publique, Santé), avait confirmé, lors de plusieurs entretiens que Chalret avait immédiatement prévenu les principaux services de l’Etat et l’Elysée grâce au REGIS (Réseau électronique gouvernemental inter-administratif spécial), l’interministériel de l’époque, avant de se rendre sur place, à l’étang Rompu, où le corps de Boulin a été retrouvé, avec une équipe d’hommes de confiance, que Chalret avait alors qualifié de « gendarmes ».

 

15) Quelques jours plus tard, le Procureur général confie à son amie : « C’est un truc à emmerdes. On a tout fait minutieusement comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard. » « Chalret était l’homme qu’il fallait pour ce genre de choses » , expliqua Marie-Thérèse Guignier.

Marie-Thérèse Guignier, administratrice judiciaire, raconte le coup de téléphone de Chalret : « Je lui ai dis : « Fais gaffe, traites ça comme un crime. Chalret s’est rendu sur place dans les bois ».

 

Marie-Thérèse Guignier, aujourd’hui décédée, avait été entendue dans la procédure, le 19 octobre 1984. Elle n’avait alors pas révélé ce qu’elle savait de l’affaire Boulin. Quant à Louis-Bruno Chalret, il est mort le 14 juin 1993, dans un accident de voiture. Il se serait endormi au volant.

 

16) Un journaliste de l’Express, James Sarrazin, en 1987, a témoigné avoir reçu des menaces physiques par 2 individus suite à ses écrits relatifs aux aspects troubles de l’affaire Boulin, après le décès de l’ancien Ministre ;


17) Un document explosif, du 22 novembre 1966, jamais entièrement dévoilé jusqu’ici, 26 octobre 2009. Dix pages d’écoutes téléphoniques de la Préfecture de police de Paris faisant état de « liens étroits existant » entre l’avocat Pierre Lemarchand, député de l’Yonne dont le nom est cité dans l’affaire Ben Barka, le magistrat Louis-Bruno Chalret qu’on retrouve dans l’affaire Boulin, et « des membres de la pègre ». 

 

18) Un ancien fonctionnaire du SRPJ de Versailles -service de police chargé à l’époque de l’enquête sur la mort de Boulin- affirme aujourd’hui, 26 octobre 2009, ne « plus croire au suicide » et met en doute le témoignage de certains de ses collègues à l’époque.

 

 

 

D) Les éléments spécifiquement politiques troublants de l’affaire Boulin :

 

 

 

D 1) Eléments antérieurs au 26 octobre 2009 (date des révélations par France Inter et Canal + (reproduites ci-dessous) :

 

 

1) Robert Boulin, gaulliste réputé pour son intégrité et sa force de travail, faisait partie des successeurs potentiels à Raymond Barre pour Matignon. Député-maire de Libourne, Robert Boulin avait passé plus de 15 ans (un record) dans les ministères de la République, au service du général de Gaulle, de Georges Pompidou puis de Valéry Giscard d’Estaing.  

 

2) Robert Boulin s’opposait vigoureusement au président du RPR, Jacques Chirac, soutenu dans l’ombre par les hommes du SAC (Service d’action civique) et les réseaux de Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » du gaullisme.

 

3) Robert Boulin a en réalité été abusé par un escroc, proche de Jacques Foccart, Henri Tournet, décédé, selon France Inter, en janvier 2008, à Santiago du Chili où il s’était retiré.


4) On peut donc penser que la mise en cause dans la Presse, de Robert Boulin, dans l’affaire immobilière de Ramatuelle a été sortie pour donner une justification « au soi disant suicide » de l’ex-Ministre. 

 

5) Face au journaliste Ivan Levaï, Jacques Chaban-Delmas laisse entendre que « les assassins » se trouvent bien du côté de ceux qui ont tenté de déstabiliser politiquement Boulin… comprenez : certains membres du RPR. 

 

Même si Jacques Chaban Delmas n’a pas cité de nom, l’important est qu’il a employé le terme « d’assassins », ce qui élimine la thèse du suicide privilégiée par la justice.

 

 6) Cette déstabilisation politique est dénoncée par le journaliste politique Philippe Alexandre au micro de RTL le 3 novembre 1979. Dans une chronique Philippe Alexandre explique que dès la mi-septembre 1979 « des dirigeants du RPR se sont réunis et ont décidé de révéler à la presse » des éléments de l’affaire de Ramatuelle ;

 

7) Après la mort de Robert Boulin, le sénateur Pierre Marcilhacy, membre du Conseil constitutionnel, fut l’un des rares hommes politiques à remettre en cause publiquement la thèse du suicide de Robert Boulin, en janvier 1984 ;

 

8) En 2002, le gaulliste historique Olivier Guichard accorde un entretien dans lequel il explique qu’il n’a « jamais cru que Robert Boulin s’était suicidé », qualifiant la thèse officielle de « farfelue ».

 

9) En novembre 2007, le journaliste Jean Mauriac avait également confié au site Rue 89 que Michel Jobert et Olivier Guichard l’avaient « assuré de l’assassinat de Robert Boulin » ;

 

10) 30 ans après la mort du ministre, la CIA (Central Intelligence Agency) refuse toujours de « déclassifier » le dossier Boulin, pour des raisons notamment de « politique étrangère ».

 

11) Guillaume Bouchet, journaliste à  Rue89 indiquait dès le 11/05/2007 à propos de la thèse du « suicide » :

Au moins deux documents sont censés prouver la volonté de Robert Boulin de mettre fin à ses jours. Sur un bristol, posé sur le pare-brise, il est écrit : « Embrassez ma femme éperduement (sic), le seul grand amour de ma vie ». Problème, les deux écritures, au recto et au verso, divergent tellement qu’il est impossible de les attribuer sans erreur à Robert Boulin.

Tandis que dans les jours qui suivent, plusieurs lettres parviennent à leurs destinataires : des médias (l’AFP, le journal Sud-Ouest) et des proches du ministre (Jacques Chaban-Delmas, son suppléant Gérard César). En réalité, toutes ces lettres sont des photocopies, reprenant, en dehors des mentions de début et de fin faisant allusion au suicide, un projet de réponse publique aux accusations de l’affaire de Ramatuelle. Enfin, le format de ces « lettres » ne correspond pas au format des lettres postées à Monfort-l’Amaury vers 17h30, par Robert Boulin…

 

D 2) Eléments postérieurs aux révélations par France Inter et Canal + du 26 octobre 2009 :

 

 

1) Michel Mathieu, ancien acteur du BTP raconte pour la première fois publiquement (le 26 octobre 2009) comment, trois semaines avant la mort de Robert Boulin, un responsable du RPR (Jean de Lipkowski) lui tient cet étrange propos : « Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler ! »

 

2) Début octobre 1979, Jean de Lipkowski (mort en septembre 1997) est alors réputé pour « faciliter » l’obtention de certains gros contrats. Face à son interlocuteur, Michel Mathieu, il prend grand soin d’afficher son pouvoir d’influence et sa proximité avec de nombreux hommes politiques de premier plan, dont Jacques Chirac, comme l’explique, le 26 octobre 2009, cet ancien du BTP.

 

3) Pour l’ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel, Robert Boulin aurait été victime d’un « règlement de comptes politique ». « Je n’ai plus de doute, je pense qu’il a été assassiné », a expliqué M. Charbonnel. « La version du suicide ne colle pas et les coupables possibles […] ont agi à ce moment pour des raisons purement politiques et qui allaient plus loin que les simples affaires immobilières », affirme M. Charbonnel.


Peu de temps après la mort de Robert Boulin, Jean Charbonnel dit avoir évoqué avec Alexandre Sanguinetti, figure du parti gaulliste et membre influent du Service d’action civique (SAC), des assassinats commis sous la Ve République. M. Sanguinetti « m’avait dit : ‘Je crois que c’est un assassinat aussi.

 

Il m’avait cité deux noms de personnalités politiques toujours vivantes et une organisation qui pouvaient être impliquées dans cette affaire parce que Robert Boulin était une gêne, une menace, une inquiétude pour eux », rapporte M. Charbonnel.

 

4) Ces propos sont corroborés par la fille d’Alexandre Sanguinetti, Laetitia. « Dans les quinze jours qui ont suivi [la mort de Robert Boulin], il a très clairement dit : ‘C’est forcément un assassinat, ça ne peut être que ça’ », explique-t-elle sur France Inter, le 26 octobre 2009. Selon elle, Robert Boulin disposait d’informations sur un « réseau de fausses factures ». « A partir de là, je crois que Robert est devenu une cible », raconte Mme Sanguinetti, « prête » comme Jean Charbonnel à témoigner devant la justice.

 

Peu de temps après la mort de son père en 1980, Laetitia Sanguinetti raconte comment des « barbouzes du RPR » sont venus l’interroger pour savoir si elle détenait des « dossiers » , notamment sur d’éventuelles « preuves écrites de l’assassinat » de Robert Boulin. Suivront alors plusieurs cambriolages à son domicile…

 

5) En 2007, la fille de Robert Boulin, Fabienne, réclame une réouverture d’information judiciaire sur la base d’éléments nouveaux révélés par la presse (Canal + et France-Inter), puis dans un livre (« Un homme à abattre », Fayard) de Benoît Collombat . Requête refusée en octobre 2007 par Laurent Lemesle, le Procureur général de la Cour d’appel de Paris, ex-conseiller pour les affaires de justice de Jacques Chirac ;

 



E) Conclusion provisoire au 26 octobre 2009, jour des révélations par France Inter et Canal + : 

 

Après les déclarations faites, entre autres, par Michel Mathieu, le 26 octobre 2009, ancien acteur du BTP qui raconte pour la première fois publiquement, comment, trois semaines avant la mort de Robert Boulin, Jean de Lipkowski, Responsable du RPR (réputé pour « faciliter » l’obtention de certains gros contrats), lui tient cet étrange propos (§ D 2. 1) :

 

« Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler ! »,

 

des observateurs politiques ont pu se demander, si l’Affaire Boulin (homme politique intègre qui détenait plusieurs dossiers compromettants sur divers membres, essentiellement de sa famille gaulliste) ne pouvait pas être liée :

 

- d’une part, à ces dossiers compromettants, et,

 

- d’autre part, au financement de l’élection Présidentielle de mai 1981, avant les lois de moralisation de la vie politique (la mort de l’ancien Ministre ayant eu lieu le 30 octobre 1979) ?  


L’avocat de Fabienne Boulin, Me Olivier Morice estime que tous les éléments révélés le 26 octobre 2009 « sont de nature à faire rouvrir le dossier Boulin. » Il va effectuer une démarche en ce sens « dans les prochains jours » auprès du Procureur général près la Cour d’appel de Paris. « Il s’agit, non pas d’un suicide, mais d’un assassinat politique », estime l’avocat de Fabienne Boulin, le 26 octobre 2009.

 

Après les témoignages nouveaux, crédibles, probants et concordants apportés par France Inter et Canal + (reproduits ci-dessus), le 26 octobre 2009 :

- le Procureur de la République ne peut que rouvrir le dossier relatif à la mort plus que suspecte de Robert Boulin, le 30 octobre 1979 !

- la thèse du suicide ne peut plus être privilégiée.

 

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